Il y a péril en la demeure. Ce n’est pas d’hier que nos décideurs le savent. Survol de 25 ans d’inaction

MALTRAITANCE
1997

Une résidente du CHSLD Saint-Charles-Borromée, dans la région de Montréal, Gisèle Allard, une femme tétraplégique souffrant d’une ataxie de Friedreich, dépose un recours collectif. Elle dénonce des négligences sur le plan de l’alimentation, des soins de santé et de l’hygiène ainsi que les effets secondaires, dont des hallucinations, de la surmédication qu’elle a subie.

Avril 2013
Prés de 15 ans plus tard, les résidants du CHSLD Saint-Charles-Borromée ayant subi de mauvais traitements obtiennent une indemnisation de sept millions de dollars. Malheureusement, la requérante initiale du recours est décédée dans l’intervalle.

L’entente hors cour prévoit par ailleurs des mesures réparatrices afin de prévenir d’autres maltraitances. Ainsi, 250 000$ sont alloués au Fonds Gisèle Allard dans le but d’améliorer la qualité de vie des résidants du centre d’hébergement du Centre-Ville-de-Montréal (anciennement Saint-Charles-Borromée). Cette somme doit servir notamment à financer des sorties culturelles et différents loisirs, et d’obtenir des soins de santé non couverts par le régime public. Une somme de 250 000$ est aussi allouée au Fonds Hélène Rumak, une autre victime, afin d’organiser des formations visant à informer les résidents de centres d’hébergement publics sur leurs droits.

MALTRAITANCE-BIS
Novembre 2018
Le Protecteur du citoyen du Québec dénonce une situation s’apparentant à de la maltraitance au sens de la loi envers des personnes hébergées dans des CHSLD du fait qu’elles ne reçoivent pas les soins auxquels elles ont droit en raison d’une pénurie de personnel.

Le Protecteur du citoyen constate que le personnel des CHSLD peine à suffire à la tâche. « Cette situation découle entre autres d’absentéisme, de roulement de personnel ainsi que d’un ratio personnel-résidents qui ne tient pas compte, dans certains cas, des besoins plus lourds d’une partie de la clientèle hébergée. » « Des équipes de soins doivent fréquemment composer avec des quarts de travail à effectifs incomplets. » « Des services comme les bains hebdomadaires, les soins d’hygiène buccale, le rasage et la coiffure sont reportés. » Ces situations sont devenues si fréquentes que « des CHSLD ont élaboré des directives écrites guidant les décisions du personnel quant à la réorganisation des tâches et au report ou à l’annulation de certains soins ou services. » C’est contraire à la Loi sur les services de santé et aux orientations ministérielles présentant les CHSLD comme « un milieu de vie ».

D’autres constatations :
– Des personnes n’étaient pas levées du lit pendant 36 heures consécutives ; d’autres ne l’étaient que tardivement en matinée et étaient remises au lit pour la nuit tôt en après-midi .
– Les temps de réponse aux cloches d’appel et aux alarmes de mouvement étaient longs .
– Faute de surveillance adéquate, les risques d’agression entre les personnes hébergées étaient accrus .
– Des activités de loisir étaient annulées ou des personnes n’étaient pas en mesure de s’y présenter parce que le personnel n’avait pas le temps de les aider à s’habiller et à se préparer .
– L’organisation des soins et des services n’était pas basée sur les besoins et le rythme de la clientèle.

LA HONTE ET L’HUMILIATION
Septembre 2019

Le Conseil pour la protection des malades obtient l’autorisation d’intenter, au nom des quelque 37 000 résidents des CHSLD gérés par l’État, une action collective visant à obtenir jusqu’à 500 millions $ du gouvernement québécois pour les résidents maltraités en CHSLD. Selon le président de l’organisme, Me Paul G. Brunet, ce montant correspond aux sommes coupées dans le réseau par les mesures d’austérité libérales.

Dans sa requête, l’organisme déplore « la honte et l’humiliation » que vivent les résidents de CHSLD maltraités par des soins inadéquats, et rappelle que ces établissements doivent être des milieux de vie. « Les choses se sont vraiment aggravées depuis 2015. On ne parle pas juste de soins négligés, mais d’atteintes à des droits constitutionnels comme le droit à la sécurité et à la dignité. »

LAXISME DES CISSS ET DES CIUSSS
Novembre 2018

Toujours selon le Protecteur du citoyen du Québec, les centres intégrés de services sociaux font preuve de laxisme dans la surveillance des quelque 1 800 résidences privées pour aînés du Québec. Le Protecteur du citoyen a constaté des lacunes importantes dans certaines résidences en matière de formation du personnel, de salubrité et de sécurité des lieux. « Ces situations duraient dans certains cas depuis plusieurs mois, voire des années, à la connaissance des CISSS et des CIUSSS responsables. Ces derniers n’agissaient donc pas systématiquement avec la vigilance attendue pour faire respecter les normes ».

INCENDIE : DES GICLEURS NEUF ANS PLUS TARD
Janvier 2014

Un incendie majeur dans une résidence pour personnes âgées de L’Isle-Verte, près de Rivière-du-Loup, entraîne la mort de 32 résidents.

Juillet 2019
Cinq ans et demi plus tard, quelque 900 résidences ne sont toujours pas munies de gicleurs en cas d’incendie.

Décembre 2022
Initialement fixée à décembre 2020, la date limite pour munir ces résidences de gicleurs est repoussée à décembre 2022 par le gouvernement Legault. Soit neuf ans après la tragédie de l’Isle-Verte.

DAVANTAGE DE DOUCHES, SVP
Mai 2016

Un résident d’un CHSLD de Québec, François Marcotte, lance une campagne de socio-financement afin d’obtenir une deuxième et une troisième douche par semaine. La norme du ministère de la Santé du Québec est d’un bain ou d’une douche hebdomadaire comparativement à deux par semaine en Ontario.

LES AFFRES DE LA DÉNUTRITION

Avril 2010

L’émission L’Épicerie met en lumière la dénutrition dont souffrent des milliers de résidents, entre 30% et 60%, dans les CHSLD. Les conséquences sont multiples et graves : carences aux niveaux protéique et énergétique, maigreur anormale et fragilité généralisée qui entraînent une baisse de la masse musculaire et du système immunitaire, un taux de mortalité jusqu’à 10 fois plus élevé et un coût des soins jusqu’à quatre fois plus élevé. Encore plus troublant, aucune évaluation de l’état nutrionnel n’est faite lorsqu’une personne âgée arrive en CHSLD. Et le budget varie du simple au double, de 4$ à 9$ par jour, selon le CHSLD, pour les trois repas et les collations.

2014
La Fédération de l’âge d’or du Québec (FADOQ) sonne l’alarme concernant ce problème de dénutrition touchant jusqu’à 60 % des aînés, et demande un réinvestissement dans le réseau des CHSLD.

Octobre 2016
Selon l’Ordre professionnel des diététistes du Québec, le budget moyen par repas pour l’achat d’aliments devrait se situer à 3,05 $. Or, dans les CHSLD, le budget est de 2.14$. La Coalition avenir Québec (CAQ) demande de porter cette somme à 4,14 $, ce qui représenterait un réinvestissement annuel de 23 millions $ pour les quelque 37 000 résidents des CHSLD du Québec. 

D’AUTRES LACUNES
Juin 2016

Manque criant de personnel, soins insuffisants, résidents parfois laissés seuls, nourriture tiède, clientèle trop hétérogène (par exemple, toxicomanes, ainés et trentenaires souffrant de sclérose en plaques dans un même endroit)… C’est ce qui ressort d’un rapport de la Commission de la santé et des services sociaux à la suite d’auditions ayant débuté en 2013 et de visites en décembre 2015 et en janvier 2016 dans six CHLSD de quatre régions du Québec.

Le rapport contient vingt recommandations, dont :
Que le ministère de la Santé et des Services sociaux examine la possibilité d’établir des ratios minimums à respecter dans tous les centres d’hébergement.
Que les établissements du réseau adoptent des mesures visant l’élimination de toute mesure de contention physique et chimique.

Que le ministère de la Santé et des Services sociaux se penche sur les préoccupations à propos de la surmédication des personnes hébergées et qu’il soutienne davantage l’approche non pharmacologique.

Que les établissements développent des mesures de valorisation des professions et des métiers exercés dans les CHSLD, en particulier celui des préposés aux bénéficiaires

Que les établissements se préoccupent davantage de la stabilité des équipes soignantes déployées auprès de chaque résident.

Que la proximité géographique entre le milieu naturel du résident et son nouveau milieu de vie soit un critère central dans le choix de celui-ci et qu’on évite de séparer les membres d’un couple lorsque tous deux ont besoin d’être hébergés en CHSLD.

LISTE D’ATTENTE
Août 2018

Première promesse de sa campagne électorale : la CAQ veut remplacer complètement d’ici 2038 le modèle « désuet » et « dépassé » des CHSLD par des « Maisons des aînés », de petites unités climatisées accueillant un maximum de 70 à 130 personnes chacune. La CAQ s’engage au cours de son premier mandat à en construire une trentaine et à créer quelque 2 600 places supplémentaires correspondant à la liste d’attente.

Septembre 2019
Un an après l’arrivée au pouvoir de la CAQ, le nombre de personnes attendant une place en CHSLD a augmenté de 10 % pour un total excédant un peu plus de 3 000 personnes à travers le Québec.

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Pacte pour les aînés